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Marc Pataut : Sortir la tête
EXPOSITION PAYS, PAROLES, IMAGES …

Marc Pataut - - Photographie

 

L'exposition est présentée du 9 octobre au 30 décembre 2001 à l'école natinale supérieure des beaux arts à Paris

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Cette deuxième exposition * " Sortir la tête ", déjà présentée à Chanteix, Gumont et Sérilhac, petites communes de Corrèze et au mois de septembre 2000, au Festival International des Théâtres Francophones à Limoges, est un moment dans le travail réalisé depuis deux ans dans le pays de Tulle. Elle associe des habitants de ce territoire, l'association Peuple et Culture et un artiste : Marc Pataut.
Plus qu'une exposition, c'est une mise en forme d'activités, issue des acquis de l'éducation populaire, du documentaire et de l'art contemporain.
 

 

* L'exposition comprend un mur d'images avec un film vidéo et une quarantaine de photographies montées recto verso (pour découvrir l'ensemble de l'exposition, il faut donc les manipuler) et un mur de paroles (une vingtaine d'entretiens mis en forme graphiquement), que l'on peut prendre sur le mur et lire…

 

AU DEPART DE CE TRAVAIL, IL Y A UNE DOUBLE RENCONTRE :

 

Celle que firent Manée Teyssandier et Philippe Salle en 1997, à la Documenta X de Kassel, de mon travail sur le terrain du Cornillon (une friche industrielle sur laquelle vivaient des sans domicile fixe et où a été construit le stade de France). Et de mon côté, ma rencontre avec Peuple et Culture Corrèze, et mon intérêt pour les mouvements d'éducation populaire, pour ce qu'ils représentent : des actions, des forces, des procédures et une question : " Puisque ces mouvements ont fait après guerre et jusqu'à la fin des années 70, ce qui est au cœur de mon travail aujourd'hui, comment ne pas ignorer ces acquis mais les réinventer ? "

Cette forme artistique fonctionne d'abord et réellement, avec les habitants de et sa région : ils en sont les premiers destinataires. L'idée est à la fois de parler très concrètement du pays de Tulle, des gens qui y vivent et y mènent des aventures, qui ont une valeur d'exemple, locale, et de poser une question plus générale : en quoi un travail local, intime, peut atteindre une valeur générale, donc une valeur politique ?

La pensée archipélique convient à l'allure de nos mondes. Elle en emprunte l'ambigu, le fragile, le dérivé. Est-ce là renoncer à se gouverner ? Non, c'est s'accorder à ce qui, du monde, s'est diffusé en archipels précisément, ces sortes de diversité dans l'étendue, qui pourtant rallient des rives et marient des horizons. Nous nous apercevons de ce qu'il y avait de continental, d'épais et qui pesait sur nous, dans les somptueuses pensées de systèmes qui jusqu'à ce jour ont régi l'Histoire des humanités et qui ne sont plus adéquates à nos éclatements, à nos histoires ni à nos non moins somptueuses errances. La pensée de l'Archipel, des archipels nous ouvrent ces mers. Toute pensée archipélique est pensée du tremblement, de la non-présomption, mais aussi de l'ouverture et du partage.
Edouard Glissant, Traité du Tout-Monde, poétique IV

 

Peuple & Culture a été créé à Tulle en 1951, par de jeunes militants formés au contact des fondateurs du mouvement national dans le contexte fécond de l'après Libération où l'utopie de Peuple & Culture a pu croiser les visées de créateurs tels que Chris Marker, Alain Resnais, André Bazin (fondateur des Cahiers du cinéma), Jean Vilar, Gabriel Monnet (un des pionniers de la décentralisation théâtrale).
Aujourd'hui, grâce à ce travail avec Marc Pataut, c'est aussi de cela qu'il s'agit : réinventer des possibilités et des formes nouvelles de croisements entre l'art, l'expérience d'un artiste et un projet politique, une " mise en mouvement "…
Habituellement, l'art contemporain c'est au mieux avoir un lieu et y faire un programme en espérant que les gens y viendront. Mon travail avec une association d'éducation populaire, PEC (…des équipes volantes qui allaient de maquis en maquis) qui, à Tulle, n'a pas de lieu d'exposition ou plus de lieu, a une autre ambition : produire des échanges, poser des questions. L'exposition est une forme de pédagogie à la fois dans les entretiens et le jeu des images. Elle est invention de procédures (textes photos vidéo, théâtre). Elle s'inscrit dans un système de réseau, avec des associations (PEC, la Confédération paysanne…), des chercheurs (le séminaire des territoires de Jean-François Chevrier à l'école des beaux-arts de Paris), d'autres artistes. Elle donne l'idée d'un projet commun, les personnages y témoignent de leur histoire personnelle, en tant qu'elle participe d'un projet commun, sinon collectif.

 

Nous ne voyons pas toujours, et le plus souvent nous tachons de ne pas voir, la misère du monde, celle des forêts du Rwanda et des rues de New York, celle des ateliers clandestins d'Asie où les enfants ne grandissent pas et celle des hauteurs silencieuses des Andes, et celle de tous les lieux d'abaissement, de dégradation et de prostitution, et combien d'autres qui fulgurent au devant de nos yeux écarquillés, mais nous ne pouvons pas ne pas admettre que cela fait un bruit, une rumeur inlassable que nous mélangeons sans savoir à la petite musique mécanique et serinante de nos progrès et de nos dérivages.
                                           Édouard Glissant, Traité du Tout-Monde, poétique IV

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INTERVIEW DE MARC PATAUT,

RÉALISÉE PAR MANÉE TEYSSANDIER

LE 14 AOÛT 2000
- MT : Depuis que nous avons commencé ce travail ensemble à partir du pays de Tulle, tu as fait très souvent référence à Édouard Glissant, pourquoi ?
- MP : J’ai lu le Traité du Tout Monde à ce moment là et ça a été tout de suite une sorte d’évidence. Déjà dans plusieurs projets sur lesquels j’ai travaillé, il y a des livres ainsi qui m’accompagnent.
Par exemple pour les compagnons d’Emmaüs, évidemment Anthelme, " l’espèce humaine " et aussi " la communauté désoeuvrée " de Jean-Luc Nancy. Et donc pour le travail à Tulle, il y a eu aussi une conjonction, de ces hasards qui n’en sont pas... Je crois que je suis tombé sur ce livre de Glissant par un article du Monde. C’est un livre qui ne m’a pas quitté depuis, je crois que j’ai dû le lire une dizaine de fois et à chaque fois que je me replonge dedans c’est le même sentiment " d’évidence". À la fois cette idée de pays qui devient un monde, du lieu qui est incontournable mais qui n’a de sens que s’il est ouvert, cette idée d’opposer une pensée en archipel avec une pensée en continent, ça me parlait, c’était exactement ce que je pensais de cette idée de pays, de ce constat qu’aujourd’hui on peut faire des choses là où on est et en même temps atteindre des visibilités. Et bien sûr après, ce qui m’intéresse vraiment dans l’écriture de Glissant, c’est qu’il y a une recherche de forme. C’est une écriture très poétique et à la fois très politique, l’articulation des deux. À la fois des mots qui sont pris pour leur sonorité, la forme de la phrase, la place des mots ... et un contenu très fort. Ça donne vraiment à entendre la langue et je crois que le pays c’est aussi ça, c’est la langue, le son des voix. En même temps c’est une pensée actuelle, qui rénove notre pensée de vieux continent, cette opposition archipel / continent m’intéresse beaucoup et c’est vraiment ce qu’on vit dans cette situation de mondialisation, d’hégémonie. Et puis il amène du possible alors qu’aujourd’hui tout semble impossible. Cette idée qu’on puisse recommencer à des toutes petites échelles et de proche en proche, contaminer...

- MT : Quel sens cela a pour toi que cette exposition qui est le résultat d’un travail mené dans le pays de Tulle prenne place dans le Festival International des Théâtres Francophones ?

- MP : Ce projet est bien parti d’un lieu précis (comme " lieu incontournable " à la Glissant) et il s’agissait de parler très concrètement (avec une recherche de formes) du Pays de Tulle, des gens qui y vivent et y mènent des aventures, mais aussi de poser une question plus générale : en quoi un travail local, intime, peut atteindre une valeur générale, donc une valeur politique ? Parler à d’autres, ailleurs et même avoir une valeur d’exemple ? J’imagine que ce sont aussi des questions qui se posent dans le Festival.
Si la Francophonie est un rapport à la langue, un rapport d’étrangeté, de décalage, il me semble que la situation telle qu’elle est vécue à Tulle, en tout cas ce qui transparaît dans l’exposition telle qu’on l’a faite, c’est aussi une situation d’étrangeté par rapport à la langue, au pays, qu’il y a aussi du décalage.
Il me semble qu’une personne qui vit à Tulle ou en Corrèze n’est pas dans un rapport différent avec la langue de quelqu’un qui habite aux Antilles.
Bien sûr aux Antilles, il y aura des mots, des accents, des expressions qui seront différents, sans doute avons nous perdu quelque chose du rapport à la langue que l’on parle. Sur le mur de paroles on retrouve vraiment dans la transcription de certains entretiens, une langue particulière qui n’est pas seulement liée à un individu isolé de son environnement, l’individu existe dans un territoire et sa parole est inscrite dans ce territoire ; pour moi c’est cela la Francophonie, un rapport conscient, singulier au langage.
Enfin je voudrais ajouter que pour l’instant l’exposition n’a été montrée que dans plusieurs communes de Corrèze (elle sera présentée à Paris en avril 2001 à l’Ecole des Beaux Arts) et que cette étape à Limoges dans le cadre du Festival des Théâtres Francophones est une occasion de se livrer à la critique, de voir comment ce travail fonctionne hors du lieu précis où il a été mené. Et puis j’ai toujours conçu mon travail, ce travail, comme un outil, un objet de débat qui puisse recevoir, inciter à d’autres paroles que celles-là, qui puisse vivre. Je souhaite que cela soit possible dans le festival et toute sa diversité humaine pendant quelques jours à Limoges.

 

Marc Pataut présent à l'exposition Des Territoires du 9 octobre au 30 décembre à l'ENSBA à Paris

Comment passer d'une exposition ''d'art contemporain local'' à une exposition ''d'art contemporain international'' ? Comment rendre lisible "les relations et les écarts, dans la société contemporaine, entre art et information'', comment faire que les bruits du monde, les écarts, les ruptures lisibles ailleurs le soient ici aussi ? Un travail reste à accomplir pour que ce dispositif fonctionne ici aux beaux-arts, au centre historique de la ville-capitale. Ma participation au séminaire, la position qui est la mienne participent déjà de cette articulation. Il me faut intégrer d'autres personnages, d'autres territoires, il me faut articuler ce travail sur l'ensemble de l'exposition. Des pistes sont aujourd'hui les miennes, elles partent à la fois de ma position géographique dans l'exposition, entre Majida Khattari et Yves Bélorgey, et d'une histoire intime et personnelle. Cet emplacement renvoie directement à mon autobiographie, entre les Monuments bâtiments d'Yves Bélorgey : lieux de mon enfance, utopie du confort pour tous des années 60 et les Sculptures habitées de Majida Khattari : à la fois proches de mon travail par le corps, par la sculpture (Étienne Martin, mon professeur dans ce même endroit), les passementeries, ma mère petite-main dans les ateliers de haute couture, et loin de moi dans mon rapport au territoire, des lieux où je n'irai jamais.''

Repères biographiques
Né en 1952 à Paris. Études à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, section sculpture, dans l'atelier d'Étienne Martin. Diplômé en 1975. Après être devenu reporter, s'est éloigné de la production spécialisée du reportage pour développer des projets d'enquêtes documentaires de longue durée - souvent de deux à quatre années - engageant des procédures de collaborations adaptées à chacune des situations retenues. Il a travaillé sur l'apartheid, les communautés des chiffonniers d'Emmaüs, avec les vendeurs du journal La Rue. Un de ses travaux récents a porté sur le territoire du cornillon, une ancienne zone industrielle de la banlieue Nord, retenue en 1995 pour être le site du grand stade de la Coupe du Monde de football. Son travail associe toujours un domaine d'activité, une situation sociale, une histoire et une intervention sur le contexte institutionnel.
Depuis 1991, il enseigne la photographie à l'École d'art et de design d'Amiens.
1990 Création de l'association " Ne Pas Plier ". Cette association a pour objet de créer, produire et diffuser des images qui ont du sens, pour des causes et des sujets humains d'urgence nationale et internationale
1992 Résidence d'artiste en milieu scolaire à Aulnay-sous-bois, au lycée Voillaume. Aulnay-sous-quoi ? est un travail réalisé avec trente lycéens et un professeur de français, à partir des cinq dernières lettres de cinq lycéens du lycée Buffon àParis, fusillés par les allemands en 1943
1993-1994 Travail avec une communauté Emmaüs à Scherwiller en Alsace
1994-1996 Reportage sur les habitants du Cornillon, terrain vague à Saint-Denis où se construit le Grand Stade
1996-1997 Photographes de La Rue, atelier photo avec les vendeurs du journal La Rue
Expositions personnelles récentes (sélection)
1993 Emmaüs, communauté Emmaüs de Scherwiller
1995 Galerie d'art contemporain, Auvers-sur-Oise (France)
1998 Emmaüs et, Maison de l'art et de la communication, Sallaumines (France)
2000 Sortir la tête, Chanteix, Gumond et Serilhac (France)
Expositions collectives récentes (sélection)
1995 Ne Pas Plier, Stedelijk Museum, Amsterdam (Hollande)
1996 France : New Vision, Aperture's Burden Gallery, N
ew York (États-unis)
1997 Documenta X, Kassel (Allemagne)

 

 

Vernissage le 08/10/2001 à 18h00
Commissaire(s) : Jean-François Chevrier, avec la collaboration de Sandra Alvarez de Toledo

13, quai Malaquais, Paris 6e

ouvert tous les jours sauf le lundi, de 13h00 à 19h00

Métro Ligne 4 : Saint-Germain des Prés

Bus : 24 - 27 - 39 - 48 - 63 - 70 - 86 - 87 - 95 - 96

 

L'exposition Des Territoires du 9 octobre au 30 décembre à l'ENSBA à Paris

L'exposition des Territoires rend compte des activités du séminaire hebdomadaire, lieu de recherches et de débats ouvert à tous, animé depuis 1994 par Jean-François Chevrier, professeur d'histoire de l'art à l'ENSBA. Le groupe d'artistes et d'intellectuels qui en constitue le noyau interroge les relations et les écarts, dans la société contemporaine, entre art et information. Il tente de formuler l'exigence d'un art public en prise sur l'actualité, au delà des routine et des corporatismes qui figent les milieux de l'art et de l'information. Artistes, économistes, sociologues, géographes, architectes, cinéastes, responsables d'associations ont abordé, à partir de leurs expériences propres, les questions les plus urgentes du débat démocratique. Comment imaginer un espace commun, qui conserve son hétérogénéïté culturelle et sociale et ne soit pas absorbé par la communication et le marché ?
Deux axes de réflexion se sont progressivement dessinés, à la fois dans les débats et dans les pratiques des artistes. Le territoire désigne une situation géographique et sociale, entre poétique et politique. Par voie métaphorique, tout territoire peut correspondre à d'autres territoires, à d'autres situations dans le monde. Le témoignage fait entendre la voix et l'histoire des personnages qui qualifient le territoire et lui donnent une coloration subjective

L'enjeu de l'exposition est de mettre en oeuvre les activités du séminaire et de les associer dans un espace commun. Ce faisant, une réponse sera apportée à la question : Faut-il - ou comment - faire entrer l'information politique, économique et sociale, dans les lieux réservés à l'art ?
Il n'est pas indifférent que l'exposition ait lieu dans une institution pédagogique, située au centre historique d'une grande métropole. Ces deux dimensions apparaissent dans l'exposition ; les oeuvres participent d'un processus de formation et le centre s'ouvre sur la périphérie.
Des travaux de jeunes artistes, anciens étudiants ou étudiants en cours d'études, rencontreront ceux d'artistes confirmés. Les oeuvres exposées seront dans leur grande majorité inédites, conçues dans le processus du séminaire, produites spécialement pour cette manifestation. Le parcours dans les salles devra traduire une diversité des territoires qui va de la stricte définition géographique documentée à la reconstruction imaginaire, avec un parti pris de division spaciale au rez-de-chaussée et une plus grande fluidité à l'étage.

Commissaires : Jean François Chevrier assisté de Sandra Alvarez de Toledo.
Scénographie : François Andrieux.

http://www.ensba.fr/expositions/en_ce_moment.asp#artistes

 

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